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Metal Gear Solid V : Pourquoi les personnages sont-ils des démons (Partie 1) ?

Avertissement : Cet article comprend des spoilers concernant Metal Gear Solid : Peace Walker, Metal Gear Solid V : The Phantom Pain, Metal Gear 1 et Metal Gear 2.

Metal Gear Solid V : The Phantom Pain est un jeu extrêmement décrié pour de bonnes et de mauvaises raisons, malheureusement le bruit qui a pu se faire autour du jeu à sa sortie a quelque peu fait disparaître la nuance des débats. Ce qui fait que cinq ans plus tard le constat est sans appel : l’œuvre, à l’image de son héros, repose désormais dans un épais brouillard au sein duquel l’incompréhension laisse progressivement place à l’oubli. Cette analyse aura donc pour but de rendre une dernière fois hommage à cette œuvre tombée en disgrâce en éclaircissant du mieux que possible ses idées.

Je commence donc mon premier article sur une idée essentielle à la compréhension générale, à savoir celle du démon. Très souvent incomprise ou mésestimée, elle représente pourtant l’un des piliers de cet opus. La communication du jeu ayant mis l’accent sur la descente aux enfers de Big Boss, nous espérions tous voir Venom Snake devenir progressivement mauvais, mais quelle ne fut pas notre surprise lorsque, à peine l’aventure débutée, notre héros déclara à Kaz qu’il était déjà un démon.

Deux heures de jeu (le prologue et le sauvetage de Kaz) auront suffi pour que Venom Snake annonce aux spectateurs sa “chute”. Seulement le joueur n’a pour ainsi dire commit aucune atrocité à ce stade-ci de l’histoire, c’est même tout le contraire. Il a miraculeusement réussi à fuir l’hôpital de Dhekelia face aux soldats de XOF et est parvenu à sauver Kaz in-extremis (moins de trois jours) d’une longue séance de torture de laquelle il n’aurait pas dû survivre. Comme le disait Ocelot en introduction de la mission “Les membres fantômes”, le joueur avait pour but de ramener la légende à la vie.

Nous sommes donc très loin des images dramatiques que pouvaient mettre en avant les bandes annonces. Pas de chute provoquée par une série de meurtres injustifiés au nom de la vengeance ou même d’alliance avec Skull face. Cette incompréhension va perdurer tout au long de l’œuvre, par le biais de catch-phrases dites ici et là, tantôt par Kaz, tantôt par Skull face, tantôt par Venom Snake…

Nous sommes des démons, tous les deux. Notre part d’humanité est perdue. Toi. Moi. Nous n’avons nulle-part où fuir, nulle-part où nous cacher. Et c’est pour cela que je vais te montrer mon démon.

Skull face à Venom Snake – Episode 30 : “Skull face”

Pourquoi les personnages sont-ils des démon ?

Un symbolisme commun à tous les personnages de l’œuvre.

Afin d’expliquer au mieux la chose, nous allons commencer par éclaircir le symbolisme derrière l’image du démon. Qu’est-ce qu’un démon pour Hideo Kojima ? C’est une idée qu’on pourrait aisément résumer à ces pancartes du “Red band trailer” (sorti en 2013) :

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“Brûle avec la vengeance”
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“Les hommes deviennent des démons” (mise en avant de la corne)

Tous les personnages s’auto-proclamant comme étant des démons partagent le même parcours initiatique : Ils ont été brûlés (à divers degrés) pour être par la suite ramené à la vie grâce ou à cause d’un désir de vengeance. Volgin a été brûlé vif dans Metal Gear Solid 3 : Snake Eater avant d’être ramené à la vie par Psycho-Mantis (qui est un véritable “catalyseur du désir de vengeance”). Lorsqu’il était enfant, Skull face a été aspergé d’huile brûlante suite au bombardement par les alliés de l’usine dans laquelle il travaillait (ce qui explique sa peau grise et calcinée), mais les parasites sur sa peau l’ont maintenu en vie. Quiet a été brûlé vive par Ishmael (Big Boss) lors du prologue (Kaz dira à ce sujet que “Quiet a été brûlé à l’intérieur et à l’extérieur”) mais les parasites de Cypher lui ont permis de survivre, et de devenir un outil pour sa propre vengeance (le parasite vocal “anglais”) . Le “medic” (ou Venom Snake) de son côté, a subi les flammes de l’explosion causée par la bombe à l’intérieur de Paz.

Volgin, Quiet et le Medic ont été brûlés par la faute de Big Boss, mais ce qui les maintiens en vie est le désir de vengeance qu’ils entretiennent entre eux.

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Tous brûlés et tous décidés à se venger.

“Si Skull face avait raison, et que la soif de vengeance peut transformer un homme en démon et maintenir les morts en vie alors cet “homme en feu” qui nous poursuit depuis ton réveil…c’est peut-être ce qui reste de notre vieil ami Volgin ”

Ocelot – Cassette : L’homme en flamme 3/”The Man on Fire”

Ce désir de vengeance est incarné par les parasites. Ce sont eux qui permettent à Quiet et Skull face d’être maintenue en vie et d’un point de vu plus métaphorique, la vengeance est ce qui parasite l’esprit de Volgin (et cause sa connexion avec Psycho-Mantis), de Venom Snake (qui se retrouvera lui aussi lié à Psycho-Mantis dans certaines scènes) et de Kaz (dont le cas à part, sera abordé dans une sous-partie). Ceci est traité de manière explicite dans l’enregistrement “la soif de vengeance parasite l’esprit” qui réunit Kaz et Code Talker :

“Maladies infectieuses, parasites…Sans ces ennemis extérieurs, le système immunitaire s’en prend au corps. Développement des allergies et des maladies auto-immunes. Il en va de même pour les organisations […] Mon désir de vengeance contre la langue anglaise est ce qui m’a amené à m’intéresser aux parasites des cordes vocales. Sans cela, jamais je n’aurais été manipulé par Skull face. Lui comme moi avons laissés la vengeance s’insinuer en nous pour y pondre ses oeufs […] Nous n’avons pas d’autres choix que de vivre avec cette douleur, d’entrer en symbiose avec notre nature vengeresse”.

Code Talker – Cassette : Ce qui s’est passé dans le laboratoire [3]/ “La soif de vengeance parasite l’esprit”

D’après Code Talker, la vengeance est semblable aux parasites (ou aux maladies infectieuses), elle permet à l’homme de ne pas s’auto-détruire (avec la métaphore de la maladie auto-immune qui est un dysfonctionnement du système immunitaire conduisant ce dernier à s’attaquer aux constituants normaux de l’organisme) en gardant sa colère en soi. Sans vengeance dirigé vers quelqu’un “d’extérieur”, les hommes comme les organisations s’effondrent de l’intérieur, c’est ce qui arrive à la Motherbase lorsque Skull face meurt : Kaz instaure dans cette dernière un climat de terreur pour rechercher un ennemi invisible. Code Talker fini par conclure que, pour dépasser ce sentiment (ce parasite), l’homme doit entrer en symbiose avec sa douleur…Il doit ne faire plus qu’un avec sa “nature” vengeresse. Cette idée qui veut que l’homme soit naturellement en quête d’un ennemi, entre en résonance avec ce que disait Paz en citant le philosophe Emmanuel Kant dans Metal Gear Solid : Peace Walker “la guerre est l’état de nature des sociétés humaines”.

L’état de paix n’est pas un état de nature, lequel est au contraire un état de guerre, c’est pourquoi il faut que l’état de paix soit institué ”

Emmanuel Kant – Vers la paix perpétuelle

Le personnage de Zero ayant conscience de cela, justifiera son contrôle de l’information avec l’idée qu’il s’agit du seul moyen pour l’humanité de refréner sa véritable nature :

Skull face : Mais les gens vont-ils vraiment se contenter d’un ennemi qu’ils ne peuvent pas voir ? Les hommes veulent se sentir justes…Ils ont besoin de voir le “mal” dans l’ennemi qu’ils craignent. Sans ça, ils vont dirigés leurs agressivités envers eux-mêmes, chercher un ennemi intérieur…Tu sais que c’est vrai.

Zero : Je vois ce que tu veux dire. Tout comme les personnes auxquelles on a volés leurs parasites développent des allergies et des maladies du système immunitaire, un homme à qui l’on a volés ses ennemis développe des tendances auto-destructrices. Et je connais tous les symptômes : Conflit ethniques, querelles religieuses, terrorisme…Et avec les conflits asymétriques, la dissuasion ne marche pas. C’est pour cela que nous devons compter sur le contrôle de l’information.

Skull face et Zero – Cassette : Enregistrement de la vérité/ “Enregistrement secret de Skull Face et Zero”

Hideo Kojima propose donc une vision de l’humanité assez pessimiste. Ici, la dissuasion nucléaire n’est plus une solution (la version anglaise allant jusqu’à déclarer “deterrance is a joke”), mais une nouvelle problématique…Puisque sans ennemi extérieur pour maintenir un sentiment d’unité nationale, les humains, dont le parasite de la vengeance représente la nature même, vont se retourner contre les leurs (apparition d’actes de terrorisme, de grèves, de soulèvements, de querelles religieuses). L’être humain serait naturellement poussé vers le conflit dans sa quête de survie, ce qui entre en contradiction avec l’idée de la paix…Croitre et gagner en puissance plutôt que maintenir un équilibre.

Comme le disait Paz dans Metal Gear Solid : Peace Walker, la paix ne peut être obtenue qu’au prix de nombreux efforts, et si le parasite de la vengeance peut être intrinsèque à la nature humaine, la figure du démon devient davantage l’image de l’homme vivant pour et par la guerre. Quatre extraits intéressants permettent de mettre tout ceci en relief. Le premier est la phrase d’ouverture de Phantom Pain (qui présente justement l’idée d’une routine guerrière).

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Des bruits de tirs se font entendre tandis qu’une pièce sans vie se retrouve uniquement occupée par des armements militaires.

Un autre jour dans une guerre sans fin.

OUTER HEAVEN.

Le deuxième est une conversation codec entre Snake et Amanda dans Metal Gear Solid : Peace Walker, où Snake présente la vie de soldat :

Snake : Révolution ou pas, on prend les armes un jour et inévitablement l’enfer se déchaîne.

Amanda : Je le suis. Si l’autre partie de l’alternative c’est d’abandonner le pays que j’aime, je prend l’enfer.

Snake : Vraiment ? Alors il va falloir que tu arrêtes de traiter Chico comme un frère pour le considérer en soldat. Bienvenue en enfer.

Codec Snake/Amanda post-libération de Chico – Metal Gear Solid : Peace Walker

Le troisième est le discours de fin de Metal Gear Solid : Peace Walker dans lequel Snake épouse complètement cette “nature” destructrice :

Nous abandonnerons nos pays. Nous laisserons notre patrie derrière nous et nous ne ferons qu’un avec cette terre. Nous n’avons pas de nation, pas de philosophie, pas d’idéologie. Nous allons où nous devons aller, combattant non pour le pays, non pour le gouvernement, mais pour nous-mêmes. Nous n’avons pas besoin d’avoir de raisons de combattre. Nous combattons parce que nous avons besoin de le faire.

Nous serons la force de dissuasion de ceux qui n’ont pas d’autres recours. Nous sommes des soldats sans frontières, notre objectif est défini par l’époque dans laquelle nous vivons. Nous devrons parfois nous vendre. Si l’époque l’exige, nous serons des révolutionnaires, des criminels, des terroristes. Eh oui, cela pourra nous mener droit en enfer. Mais quel meilleur endroit pour nous que celui-là ? C’est notre seul foyer. Notre paradis et notre enfer. C’est Outer Heaven.

Discours de fin de Snake – Metal Gear Solid : Peace Walker

Le quatrième est le discours que Big Boss tient à Solid Snake dans Metal Gear 2 :

Déclencher une guerre, alimenter son feu, faire des victimes et puis les sauver, les entraîner…Et les renvoyer sur le champ de bataille. C’est un système parfaitement logique, dans ce monde les conflits n’ont jamais de fin, de même que notre raison d’être.

Discours de Big Boss à Solid Snake – Metal Gear 2

Dans cette situation, comment pouvons-nous comprendre et développer davantage le personnage de Venom Snake ?

Le démon aux airs familiers.

Débarrassons-nous d’entrée de jeu des évidences, le chara-design de Venom Snake a été conçu de telle sorte à ce qu’il évoque une figure démoniaque :

Venom Snake a une corne du côté “gauche” (qui grandit ou rétrécie selon les actions du joueur), une lanière pend de son sac (pour évoquer une queue) et la première prothèse de son bras gauche est rouge. En termes de mise en scène, Hideo Kojima joue beaucoup avec le code couleur du rouge et du bleu, par le biais de l’éclairage, des vêtements ou du sang. Le rouge représentant la passion (ce qui inclus la colère, et donc l’idée de la vengeance) et le bleu représentant la voie de la raison. Ceci est visible à de nombreux moments, mais reste tout de même assez subtile :

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Dans l’hélicoptère, une lumière rouge illumine la corne et le côté gauche de Venom Snake
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L’éclairage bleu/rouge opère une scission nette entre Kaz et Ocelot. L’un en bleu, a conscience qu’avec le secret de la véritable identité de Venom Snake tous les membres de la motherbase sont dans un double-jeu, l’autre en rouge, cherche un ennemi invisible en étant animé par sa soif de vengeance.
Chapitre 2 : Scène de torture de Quiet

Pour revenir à ce que nous disions plus tôt, malgré son chara-design et ses catch-phrases, l’attitude de Venom Snake n’est pas réellement démoniaque. Il transmet des enseignements sages et s’extirpe lui-même de tout sentiment rancunier. Il est l’homme de la légende. Ceci se remarque à de nombreuses reprises dans l’aventure…Dans ses retrouvailles avec Kaz (lorsque la conversation tourne autour de la vengeance) :

Une chose, Kaz. Ce n’est pas pour le passé qu’on se bat. C’est pour l’avenir.

Venom Snake à Kaz – Episode 2 “Les membres fantômes”

Dans son dégoût sous-entendu de la guerre lorsqu’il discute des enfants soldats avec Kaz, puisque quand ce dernier lui annonce qu’il ambitionne que les enfants apprennent un “vrai métier”, Venom répond :

“Ils vont goûter à la vraie vie, c’est fini les flingues pour eux…”

Venom Snake à Kaz – Episode 18 “Méfions nous du sang qui dort”

Dans le discours de bienvenue à Eli :

“Ici n’importe qui sait se servir d’un couteau ou d’un fusil. Ce qu’on va t’apprendre c’est à te servir de ta tête. Fais en bon usage et tu sera libre de partir”

Venom Snake à Eli – Episode 23 “Le Mamba Blanc”

Quand Venom Snake prend sur lui la faute de Huey suite à la deuxième vague de contamination sur la motherbase :

“Il a raison…C’est ma faute, je les ai tués de mes propres mains”

Venom Snake aux Diamonds Dogs – Episode 43 “Des lumières même dans la mort”

Et qu’il déclare à Kaz qu’ils n’ont pas la responsabilité de juger un ennemi :

“Kaz. Tu as raison, il n’est pas des nôtres…Mais nous ne pouvons pas juger un ennemi.

Venom Snake à Kaz – Post-Episode 43 durant le procès de Huey Emmerich

Ou encore quand Venom Snake échange quelques mots avec Eli dans l’épisode 51 (le royaume des mouches) :

T’as raison…Ce n’est pas ta faute, c’est la mienne.

Venom Snake à Eli – Episode 51 “Le royaume des mouches”

Dans ce dernier échange, notre héros accepte de prendre sur lui les fautes d’Eli. Il assume l’entièreté des responsabilités pour qu’il ne puisse pas s’en vouloir à lui-même (de telle sorte à ce qu’il ai la conscience libre) et lui offre même la possibilité de se venger en lui donnant un pistolet n’ayant qu’une seule balle (en échange de mourir dans les flammes, s’il préfère se venger plutôt que de se suicider). Ce qui ne l’empêchera pas par la suite de se voir en tant que “Demon Snake” :

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“Demon Snake” dans l’épisode 51

Enfin le but ultime des Diamonds Dogs est la dénucléarisation du monde, et dans la cinématique où l’objectif est atteint, Venom Snake s’adresse à The Boss, en désirant être son digne héritier. La vision démoniaque que Venom Snake peut avoir de lui-même semble donc assez trouble, puisqu’en plus d’être un homme sage, notre héros se blâme très souvent. Son attitude de rédempteur demeure très éloigné du culte de la personnalité que lui adresse chaque personnages du jeu. Il se considère coupable des fautes d’autrui, les assumes toutes et se perçoit de manière diabolique même lorsque la situation ne s’y prête pas.

Changeons donc d’angle de vu, pour comprendre ce que le côté démoniaque de Venom Snake représente, puisqu’il dépasse le cadre du simple jugement morale des actes de notre héros. Venom Snake est le médic. Lorsqu’il arrive sur la motherbase et qu’il ramène Kaz, en réalité, sa descente aux enfer a déjà commencé depuis longtemps (le joueur lui, ne pourra le comprendre qu’à la toute fin). Le démon ce n’est pas lui, c’est Big Boss au dedans de lui. Le medic a les souvenirs de Big Boss et il condamne les actes de ce dernier en se croyant fautif. Lorsque Venom Snake se perçoit comme un démon (longue corne et visage ensanglanté) ce n’est pas sa propre image qu’il renvoi mais celle du vrai Big Boss.

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Accepter de devenir Big Boss a un prix.

“I’m already a demon”, signifie que le vécu de Big Boss (ce qui inclus les précédents opus) est jugé négativement par Venom Snake, qui croit être celui qu’il n’est pas. Il prend sur lui les pêchés de Big Boss et assume une position qu’il rejette.

Tout ceci est davantage mis en lumière lors du discours de Venom Snake à The Boss dans la cinématique de la dénucléarisation. Venom Snake est possédé/parasité par l’identité du vrai Big Boss :

Je dois me débarrasser du démon enfouis en moi…

Venom Snake à The Boss – cinématique de la dénucléarisation

On peut aussi le voir dans les rumeurs qui circule à son sujet :

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“Se bat comme s’il était possédé par un démon”

Et comme dit dans les cassettes de la vérité, le savoir faire de Venom Snake provient des souvenirs de Big Boss implémenté par l’hypnose :

Son état de conscience altérée nous a aidés à implémenter de puissantes suggestions, en le plongeant dans un état hypnagogique. II a vécu toutes tes missions répertoriées et partage toutes tes connaissances et ton expérience. Afin qu’il croît être le seul et unique Big Boss.

Ocelot au véritable Big Boss – Enregistrement de la vérité /Doublepensée

Le medic est parasité par les souvenirs de Big Boss et c’est parce qu’il a le désir de se racheter de fautes qu’il n’a pas commise, qu’il essaye d’être un homme bon.  Venom Snake se comporte comme l’admirateur de la légende puisqu’il est un soldat de Militaire sans frontière à l’origine, et qu’on connait l’embrigadement que subissent les soldats de la motherbase. Il agit tel qu’il imagine que le “bon” Big Boss l’aurait fait, mais reste dans une position paradoxale puisque le passé de ce dernier, qu’il juge “mauvais” (au sens des actes) le hante au point qu’il diabolise une image de lui-même (celle du vrai Big Boss). Ce qui explique pourquoi malgré un grand nombre d’éloges (de Kaz, d’Ocelot, de la motherbase ect), notre héros conserve toujours une très mauvaise opinion sur sa personne. Dans l’épisode 51 “Le Royaume des mouches”, si Venom Snake se perçoit comme un démon lorsqu’il quitte les lieux en hélicoptère, c’est avant tout parce qu’il comprend que des individus (comme Eli) ont souffert à cause du vrai Big Boss (la partie de lui-même qu’il rejette), et qu’il voit dans le reflet de la vitre ce qui se cache en lui.

Il a sur lui le sang des crimes qu’il n’a pas commis. Son nom complet PUNISHED VENOM SNAKE, soit “l’homme punit par le venin du serpent” témoigne du fait que Snake (le serpent) à injecter son venin (son désir de vengeance, son identité et ses péchés) dans le medic. Dans la présentation qu’Ocelot fait de Venom Snake, on retrouve chaque élément précédemment cité, à savoir l’idée d’être revenu d’entre les morts, l’enfer, et le venin.

“Tu était sensé mourir, ce jour-là, c’était l’objectif principal de XOF. D’après la plus part des gens, tu es mort. Le premier docteur que tu as vu n’était même pas sûr de savoir qui il regardait…Mais avant d’avoir fini de t’opérer, tes hommes t’ont transporté à cet hôpital, à Chypre […] La plus part des hommes dans ton état auraient avalé leur bulletin de naissance dès le début. Mais tu as survécu. Tu as filé directement en Enfer…Et ils t’en ont sorti, avec ton œil grand ouvert. Plein de venin. Le temps de Naked Snake est passé depuis longtemps. Bienvenue à toi Venom Snake.

Ocelot à Venom Snake – Briefing d’Ocelot [1] /La force d’intervention : après l’attaque

Venom Snake est pris au piège entre un idéal qu’il admire (la légende) et une réalité qui l’effraie et qu’il déteste (les véritables souvenirs dus à l’hypnose). Les deux penchants de Big Boss s’expriment au travers de lui (comme la double vision que peuvent avoir les joueurs de Big Boss). En somme, c’est une spirale infernale et le caractère inéluctable des événements transparait symboliquement dès l’épisode 6 : “Où dorment les abeilles”. En effet, dans la cinématique où Venom Snake et Skull face sont l’un en face de l’autre dans une grotte, l’ingénieur responsable de la création du bras du Sahelantropus et le même que celui de la prothèse de notre bras gauche. Nous l’apprenons dans l’épisode 5 : “L’autre côté de la barrière”, dans lequel nous le sauvons d’une série de tortures et d’interrogatoires menées par les russes. Le même homme étant à l’origine des deux créations, le prototype du bras du Sahelantropus (en début d’aventure) ressemble fortement à la prothèse rouge de Venom Snake qui est censé évoquer une des caractéristiques du démon. Venom Snake se retrouve donc physiquement prisonnier de son propre bras démoniaque.

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Prisonnier de sa propre condition de démon.

La quête de paix d’une identité oubliée.

Notre héros cherche donc à combattre la part démoniaque (Big Boss) qui est en lui, mais pourquoi ? Peut-être parce que son passé de medic n’a pas totalement été effacé (d’où son comportement héroïque en rapport avec son ex-statut d’admirateur de la légende) et qu’il a plus été habitué à soigner qu’à tuer…Les hallucinations de Paz qui sont de purs créations de l’esprit de Venom Snake, permettent de développer l’autre penchant plus pacifiste de notre personnage.

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Un auto-diagnostique maquillé par une hallucination

Plusieurs choses deviennent passionnantes lorsqu’il est question d’évoquer ce segment du jeu, mais nous ne pourrons pas tout traiter ici. En préambule, il est intéressant de préciser que si Venom Snake hallucine que Paz a survécu, c’est avant tout parce qu’il était le medic. C’est l’un des derniers souvenirs qu’il lui reste de son ancienne vie et il remonte à la surface sous la forme d’un traumatisme. Une forme de déni et de culpabilité enfouis qui ne concerne que le medic (ne pas avoir trouvée la deuxième bombe). Le diagnostic que fait l’hallucination d’Ocelot sur Paz, est en réalité un auto-diagnostique que Venom Snake peut faire de lui-même grâce à son passé de medic :

On est face à une espèce de trouble dissociatif. Une amnésie dissociative, qui bloque les souvenirs pour protéger l’esprit, et un trouble dissociatif de l’identité, qui modifie complètement la personnalité. Ça ressemble à un mélange des deux.

L’hallucination d’Ocelot dans l’infirmerie – Première rencontre avec Paz

Et juste après, selon l’hallucination de Kaz :

Elle ne réagit pas à tout ce qui entre en conflit avec sa chronologie interne. Le docteur est à peu près sûr qu’elle ne joue pas la comédie.

L’hallucination de Kaz dans l’infirmerie – Première rencontre avec Paz

Évidemment toutes les scènes dans l’infirmerie étant des hallucinations, l’état de Paz n’évoquera toujours que la psychologie de Venom et le fameux “médecin” qui l’ausculte ne sera toujours que le souvenir du medic enfouis en Venom Snake qui l’auto-diagnostique.

Elle ne réagit pas à tout ce qui entre en conflit avec sa chronologie interne.
Le joueur reconnaît un clin d’œil à Metal Gear Solid 3 : Snake Eater, mais cette scène est problématique dans la chronologie interne du medic (qui n’est pas le vrai Big Boss). Il reste donc silencieux devant un Ocelot qui l’examine.
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Paz accroche ses photos au mur comme Venom Snake

Ce qui révèle davantage cette supercherie, est le journal de Paz qui comprend dix enregistrement dans Ground Zeroes et cinq dans Phantom Pain. Dans Ground Zeroes, les enregistrements sont ceux de la véritable identité de Paz (une manipulatrice et une espionne, qui n’aime guère les Militaires sans frontière) :

Prêtez attention au jeu de l’actrice.

Dans Phantom Pain, les enregistrements sont ceux de la “fausse” Paz, celle qui se faisait passer pour une étudiante dans l’université de la paix et qui avait un faible pour Big Boss :

Le jeu de l’actrice est extrêmement différent. On passe de la femme manipulatrice à la jeune étudiante.

La raison derrière ce changement de perspective est que Venom Snake est le medic, et qu’en tant qu’ancien soldat de la M.S.F. (Militaire sans frontière) il ne peut se souvenir de Paz qu’en tant qu’étudiante. Tandis que Big Boss (dans les enregistrements de Ground Zeroes) a déjà combattu Paz; il sait qu’elle était une espionne.

Pour le medic, Paz a toujours été un ange de la paix. Ce qui fini d’appuyer cette thèse est la dernière cassette de Paz dans Phantom Pain qui révèle quelque chose de particulièrement troublant à propos de notre héros…

Tu peux tuer Skull face, Huey, massacrer Zero, brûler toute la planète, cela ne me fera pas revenir. Ni moi, ni les morts. Et c’était notre travail La guerre. Nous gagnons notre vie avec l’argent qu’on nous donne pour tuer. Le fait que nous mourrions n’est peut-être qu’un juste retour des choses […] Nous avons d’autres souvenirs que la haine et la fureur, mais bien-sur c’est toi qui pense que je pense cela. Ce n’est pas un mystère. Je ne suis qu’un fantôme, un fragment de l’esprit que tu as perdu.

Paz – Entrée 5 /Journal de Paz (suite) [5]

Les pensées de Paz dans les cassettes de Phantom Pain ne sont rien d’autres que le produit de l’imagination de Venom Snake…Ce qui révèle que notre héros n’aurait en réalité aucune envie de se venger. Cette déduction était déjà possible lorsque Venom Snake disait être tourné vers l’avenir quand Kaz voulait uniquement abattre Skull face (cinématique post-épisode 2 “Une chose, Kaz. Ce n’est pas pour le passé qu’on se bat. C’est pour l’avenir.).

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Un personnage qui ne s’intéresse pas à la vengeance ?

En accord avec ses pensées, Venom Snake va épargner Huey (sur lequel on reviendra), dénucléariser le monde (plutôt que le mettre à feu et à sang) et chercher la paix en se proclamant “héritier de The Boss”. Mais une cinématique dans laquelle l’hallucination de Paz va tenter de rouvrir sa plaie va compléter le propos :

Septième rencontre avec Paz dans l’infirmerie

Ocelot : She’s been acting differently lately. Before she’d respond to conversation – so long as it didn’t conflict with her… timeline. But now, nothing gets a reaction from her.

Venom Snake : What happened ?

Ocelot : No idea. Well, Miller did go and tell her that Skull face is dead. If anyone should want revenge against him, it would be her, but…It’s not like an “angel of peace” to cheer for somebody death, now is it ? Take look at this to…See it ? Right there.

Venom Snake : Her wound is open ?

Ocelot : Yeah. It was all closed up, but then it went back to this.

Venom Snake : Why ?

Ocelot : The Medic has no idea how it happened. He figure it must have been self-inflicted.

Ocelot et Venom – Septième photo de l’hallucination de Paz

Cette cinématique (dont aucune version française n’a été trouvée sur internet), nous informe que suite à la mort de Skull face, l’hallucination de Paz (autrement dit Venom Snake lui-même) est tombée dans un profond mutisme, car sa timeline a été remise en question. En effet, si l’on se replace dans l’esprit de Venom Snake, son traumatisme ainsi que le crash de l’hélicoptère responsable de son coma ont été causés par Skull face, seulement si ce dernier est mort que reste-t-il dans l’esprit de notre héros ? Si Kaz a effectivement la sensation qu’il lui manquera “toujours” quelque chose suite au décès de Skull face, Venom Snake, lui a l’impression qu’il ne pourra jamais faire revenir ce qu’il a perdu et qu’il n’est plus lui-même (c’est à dire le medic).

Par la suite, Ocelot accentue cette idée, en précisant que Paz avait légitiment le droit de se venger, mais que c’était contre-nature avec son rôle “d’ange de la paix”, ce qui coïncide une énième fois avec l’idée que la vengeance de Venom Snake à l’égard de Skull face était juste, mais qu’à l’origine il était médecin. Le rôle de son ancienne vie était donc contraire à son devoir, quand bien même ce dernier était légitime. Enfin la conclusion d’Ocelot, précisant que le medic n’a aucune idée de comment la cicatrice a pu se rouvrir mais qu’il pense que c’est une forme d’automutilation, est assez claire. Dans son incapacité à se satisfaire d’une vengeance, il retourne le couteau dans la plaie et se souvient de la raison pour laquelle il hallucine toute cette scène. Il se souvient qu’il n’a pas réussi à trouver la deuxième bombe...L’hallucination de Paz va donc rouvrir la cicatrice afin de chercher la deuxième bombe manquante. La mort de Skull face ne répare donc rien, elle remémore juste à notre héros le caractère vain de son entreprise (la vengeance) par le biais de son ancienne identité (celle du medic).

Le joueur en tant que moteur de la vengeance.

Afin de comprendre davantage comment cette dualité impacte directement l’esprit et les actes de notre héros, revoyons la “vengeance” des Diamonds Dogs avec bien plus d’attention. La première chose qu’il faut noter, avant même de réfléchir aux différentes idées des missions 30 et 31 (centré autour de l’élimination de Skull face), est que le jeu s’ouvre sur un miroir. Le miroir qui désigne symboliquement l’idée du double et de ce qui est dissimulé au plus profond de nous-même, ne concerne pas uniquement la relation entre Venom Snake et Big Boss. Il concerne aussi CELLE entre Venom Snake et Skull Face. Ceci est montrée implicitement à de nombreuses reprises par le biais de la mise en scène, où chaque face à face entre Venom Snake et Skull face montre l’un devenir le reflet de l’autre :

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D’abord montré comme l’opposé de Skull Face.
Episode 6 : Où dorment les abeilles ?
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Puis comme son double.
Episode 30 : Skull face
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Et enfin comme l’homme suivant ses pas.
Cinématique post-épisode 31 : Sahelantropus

L’image reflétée par un miroir est à la fois celle qui est la plus proche mais également la plus opposée à son sujet (fidèle à la réalité, mais aussi inversée). Cette ambiguïté est d’autant plus troublante que le véritable message d’Hideo Kojima sur la culture et la langue, nous sera délivré par Skull Face (et non, par un protagoniste). L’idée derrière les “reflets” apparaissait déjà dans l’introduction de Ground Zeroes, que je vous invite d’ailleurs à revoir par le biais d’une analyse réalisée par Hideo Kojima lui-même :

“Here we wanted to mislead people. You can see Fox logo on his chest but it’s actually reflected so it’s reversed. We wanted to confuse the players a little bit to have them first think that Skull face is part of Fox, but in reality it’s XOF.” Paroles d’Hideo Kojima à 3 minutes et 24 secondes.

Skull Face ayant été le fantôme du véritable Big Boss durant Metal Gear Solid 3 : Snake Eater, et n’ayant pas non plus d’identité à cause de l’incendie dans lequel il fut pris au piège lorsqu’il était enfant, il a d’ores et déjà “joué” le rôle de Venom Snake. Il est l’antagoniste qui nous sert de reflet sur notre propre condition d’avatar . Venom Snake va permettre la disparition de Skull Face, sous les ordres indirects de Big Boss (à cause du lavage de cerveau réalisé par Ocelot), après avoir triomphé du Metal Gear. Le schéma qu’opère Venom Snake ici, ne diffère pas réellement de celui que devra suivre Solid Snake dans Metal Gear premier du nom. L’idée derrière les “reflets” apparaît par instants durant l’épisode 31, mais il va falloir analyser la mise en scène du jeu.

Cinématique de l’épisode 31 : Sahelantropus

Le jeu, initialement construit comme un plan séquence, connait ici deux cuts consécutifs. Chaque cut correspond à un changement de point de vue (on peut même constater un effet imitant le battement d’une paupière à 48 secondes et à 1 minute et 49 secondes), la scène est donc construite en deux parties. La première partie qui prend fin à 50 secondes montre un Skull face qui observe Venom Snake, tandis que la deuxième partie de 50 secondes à 1 minute 50 montre un Venom Snake qui observe Skull face. Nos deux personnages jugent donc mutuellement leurs sorts respectifs (dans deux partis ayant un temps plus ou moins égal de 1 minute). Ce qui provoqua la mort de Skull face fut son incapacité à fuir en Jeep (encerclée par les flammes avec une grue lui barrant le passage) tandis que ce qui permit la survie de Venom Snake est sa fuite en Jeep. Le destin des personnages continue donc d’opérer sous la forme d’un miroir, Venom se relève après avoir été écrasé par un tank mais Skull Face, lui, reste en-dessous de la grue (et l’impact des deux sert de raccord au montage de la scène).

Chose assez troublante tout de même; il arrive dans certaines parties (quand les conditions sont réunis) que Venom Snake voit apparaître l’ombre d’une grue s’effondrer sur lui dans la poussière que soulève le tank. Ce qui fait inévitablement écho à la mort de Skull face qui intervient 20 secondes après et renforce le lien symbolique entre Venom Snake et Skull face :

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La grue à droite de l’écran.

Plus tard dans l’épisode 31, après destruction du Sahelanthropus, le jeu opère une reconstruction de la scène de fin de Ground Zeroes :

Point culminant des deux jeux.

Celle-ci sert à appuyer l’idée que la vengeance contre Skull Face va se conclure ici (la fin d’un cycle). Néanmoins une autre intention transparaît clairement lorsque la comparaison a lieu, la vengeance tant espérée par les Diamonds Dogs survient 9 ans trop tard. Le manque totale de sentiment épique, l’absence de musique, la mise en scène bien plus lente, l’hélicoptère qui atterrit sagement, Kaz qui peine à tenir sur ses genoux, sa mains tendue qui ne répond plus à aucune urgenceSi Hideo Kojima précisait bien dans l’artbook que le joueur n’affrontait pas Skull Face dans un combat de boss pour garder une certaine frustration (une douleur fantôme) après sa mort (reposant davantage sur un manque de chance, que sur l’initiative du joueur), ici il exprime implicitement que toute lutte est vaine. Se venger n’avait plus aucun intérêt, alors il fallait le faire tourner vers l’avenir (comme le disait Venom Snake au début du jeu).

Désormais revoyons la scène de mise à mort de Skull face pour éclaircir l’idée du non-désir de vengeance.

La scène est construite pour laisser le choix aux joueurs, c’est à dire qu’il n’appartient qu’à nous de presser ou non la gâchette de notre manette pour nous venger. Le postulat de base est déjà assez troublant…Un jeu sur la vengeance dans lequel on laisse l’opportunité aux joueurs de ne pas tirer. Si le joueur presse la gâchette, un flash-back se déclenche à chaque tir et laisse apparaître le modèle de Venom Snake sur son lit d’hôpital. C’est une manière de faire directement apparaître le joueur (l’avatar mais avec la chirurgie de Big Boss) pour insister sur le fait que nous tirons de notre propre initiative.

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Le joueur fait lui-même le choix de tirer.

Que le joueur tire ou pas, la suite restera la même. Kaz agrippe violemment le bras Venom Snake et arrache deux membres (un bras et une jambe) à Skull face dans une logique de loi du Talion :

Boss. Je vais leur faire cracher notre passé…Leur reprendre tout ce qu’on a perdu. Et je ne m’arrêterai pas avant d’avoir fini.

Kaz à Venom Snake – cinématique post-épisode 2 “Les membres fantômes”

En accord avec la thématique, Skull Face perd son masque à cause de l’impact des précédents tirs et un flash back de Ground Zeroes apparait. C’est un “juste” retour des choses, sachant que Kaz insiste pour laisser Skull Face pour mort comme il l’avait précédemment fait contre eux.

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Skull Face qui perd son masque juste avant le flashback, pour redevenir le même homme que dans Ground Zeroes.
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Le flash back de Ground Zeroes lors du dernier tir.

Seulement voilà…Une question logique se pose : Le joueur tire trois fois au niveau du haut du corps de Skull face; si deux tirs de Kaz suffisent à arracher un membre, Venom Snake aurait dû achever Skull face en un seul tir. La réponse à cette incohérence est que même si le joueur presse la gâchette pour se venger, ses tirs passent au travers de Skull face :

Un ralenti avant chaque tir.
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Les traits blanc montre l’impact des tirs, ils n’ont pas été rajoutés par moi.

Ce choix laissé au joueur ne représente pas un embranchement du scénario, mais une scène optionnelle n’ayant pas réellement lieu dans la trame et représentant le désir cathartique de vengeance présent chez le joueur comme chez Kaz, c’est-à-dire en reprenant ce qu’il a perdu (il tire sur le bras gauche de Skull face avant d’essayer de le tuer d’un dernier tir dans la poitrine). Mais le jeu, nous coupe l’herbe sous le pied, puisque nos tirs traversent le corps de Skull face…Celui qui tire n’est pas Venom Snake lui-même, mais le joueur et lui seul, sauf qu’il a pour obligation de se plier à la volonté du personnage qu’il joue. Il s’agit par conséquent d’un faux choix, notre caractère de joueur prend ici tout son sens car nous ne sommes plus la personne qui commande les actes du personnage, mais plutôt un spectateur subissant ses états d’âmes. La finalité reste la même, Huey achèvera Skull face pour faire ses preuves chez les Diamonds Dogs et détruira par la même occasion la “vengeance” souhaitée par Kaz.

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Que le joueur tire ou non, Skull face pourra toujours se servir de son bras gauche (énième preuve que les balles tirées par le joueur n’ont aucun effet sur lui)

Ce faux choix se soldant par un échec permet au joueur de se rendre compte de la futilité de la vengeance, et d’accentuer la dualité de Venom Snake : entre le Big Boss qui veut se venger (le joueur avec la chirurgie), et le medic qui ne veut pas. Cette dualité est d’autant plus marqué par le fait que le joueur (qui croît être Big Boss) est heureux de se venger tandis que Venom Snake, quant à lui, ressent de la pitié à l’égard de son “ennemi”:

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Le sourire de l’avatar/du joueur quand il fait le choix de tirer.
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La pitié de Venom (le medic) quand Kaz tire pour lui.

Je viens de faire une amalgame qui est censé vous interloquer…Big Boss, la partie “démoniaque” de Venom Snake serait donc le “joueur” lui-même ? C’est effectivement l’idée. Nous sommes celui qui détient les souvenirs de Big Boss (en ayant joué à Metal Gear Solid 3 : Snake Eater et Metal Gear Solid : Peace Waker) et celui qui contraint Venom Snake à suivre le chemin de la vengeance.

Rappelez-vous de ce que j’ai écrit plus tôt, Psycho-Mantis est le catalyseur de la vengeance. Il va, tour à tour, se connecter à l’esprit de tous les personnages désirant se venger (en assimilant un objet ou une caractéristique physique) et il est responsable du “réveil de Volgin” :

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Les manches enflammées (Volgin), la corne (Venom Snake), le masque (Skull face), le tissu rouge (Eli) et le collier (Shabani).

Lorsqu’on lance Metal Gear Solid V : The Phantom Pain pour la première fois, le jeu s’ouvre sur le crash d’un transport aérien. Cette ouverture rentrera forcément en concordance avec la fin de Ground Zeroes, au point que le joueur qui débute l’aventure croira que l’audio qu’il entend est la suite directe. Mais le début est une tromperie, puisqu’il s’agit en réalité du crash de l’avion dans lequel était le très jeune Psycho-Mantis. Le troisième enfant (ou Psycho-Mantis) réveille ses pouvoirs lorsqu’il passe au-dessus de l’hôpital où se cache Venom Snake, et c’est lorsqu’il se connecte à l’esprit du vrai Big Boss (animé par la vengeance) que l’avion s’écrase. Le joueur se confond donc lui-même avec Psycho-Mantis (qui se connecte simultanément à l’esprit du vrai Big Boss) et l’introduction joue sur cette confusion pour développer son propos.

Psycho-Mantis est celui qui réveille Volgin et le joueur est celui qui réveille Venom Snake. Avant le réveil de notre héros, le joueur est désincarné et suspendu au plafond dans la chambre d’hôpital qui sert de menu au jeu.

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Ce menu n’apparaît que durant le prologue.

Dans ce menu, on peut entendre l’atmosphère de la pièce comme le ventilo (situé juste à notre droite) et le bruit des machines. Le joueur qui n’a pas encore réveillé Venom Snake, attend dans la pièce dans une situation qui ressemble à une “expérience de mort imminente”. Le lancement de la partie placera directement le joueur (qui flottait au-dessus d’un corps inconscient) dans la tête du héros. Par la suite ce schéma se répétera à chaque trajet dans l’hélicoptère (qui deviendra le nouveau menu du jeu). Le joueur quittera l’esprit de Venom Snake durant le voyage et le regagnera avant chaque mission avec un bref passage en vue FPS comme une “prise de contrôle” grâce à laquelle Venom Snake pourra bénéficier de l’expérience du joueur (qui a déjà joué Big Boss) sur le terrain. La différence est d’autant plus notable que Venom Snake adopte une expression particulièrement triste lorsqu’il se retrouve dépossédé du joueur dans cet espace de transition. Ce qui participe à créer un décalage entre le caractère difficile de la vie de soldat, et la simple envie de se divertir au travers d’une aventure épique chez le joueur.

Pour retourner sur le prologue, Hideo Kojima, a pleinement conscience de la haine que peuvent ressentir les joueurs vis-à-vis de Skull Face, et il va la matérialiser intelligemment par le biais d’une métaphore très singulière. En effet, au fur et à mesure de sa fuite, Venom Snake va assimiler l’idée qu’il est le seul et unique Big Boss, ce qui va inévitablement réveiller son désir de vengeance. Ce réveil progressif va pouvoir être constaté grâce à Psycho-Mantis qui va se lier à l”esprit de Venom Snake :

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Venom Snake réveille la colère enfouis en lui face aux soldats de XOF qui l’empêche de quitter l’hôpital.

Le moment où le vrai Big Boss abandonne Venom Snake suite à l’accident de voiture, représente le point de non-retour dans lequel notre héros est convaincu d’être devenu la légende. A ce moment précis, Psycho-Mantis ressent toute la colère que le medic hérite de Big Boss et se lie à lui :

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Psycho-Mantis réapparaît avec une corne.

Puis vient la fameuse scène que beaucoup ont trouvée absurde…Une baleine enflammée avale l’hélicoptère. Dans le roman “Moby Dick” de Herman Melville (auquel Phantom Pain fait de très nombreuses références), Ahab (pseudo utilisé par Venom Snake en introduction) chasse sans relâche un cachalot blanc pour se venger de ce dernier qui lui avait arraché une jambe par le passé. Dans le contexte du jeu, la baleine n’est rien d’autre qu’une hallucination causée par la connexion entre Psycho-Mantis et Venom Snake. De manière plus terre-à-terre, il y a fort à parier que Volgin tire simplement une boule de feu sur l’hélicoptère (comme il l’a déjà fait durant le prologue) :

Et l’hélicoptère se crashe…

Mais d’un point de vu plus métaphorique (si on juxtapose le propos de “Moby Dick”), la baleine (et son caractère massif) représente ici la soif de vengeance de Ahab (qui n’est autre que Venom Snake qui ne fait plus qu’un avec Big Boss). L’aspect “enflammé” de la créature renvoie aux codes visuels des démons et s’appuie sur le fait qu’il s’agit initialement d’une boule de feu de Volgin. Cette idée de la dualité (entre désir de vengeance et paix) transparaît aussi dans la bande-son du jeu. En effet, le compositeur Ludvig Forssell avait dit en interview :

“Alors que V Has Come To (le plus héroïque) illustre la volonté de Snake de faire le bien, Venom est le thème jouant les ténèbres qui lui font constamment signe et le tirent de plus en plus profondément, lui et les Diamond Dogs. Au fur et à mesure que le jeu progresse, Venom devient le thème de plus en plus important, mais V Has Come To ne disparaît jamais complètement. Parfois, ils sont entrelacés comme pour faire allusion à une lutte interne au sein de Snake.”

https://www.metalgearinformer.com/?p=26889

Quand Venom Snake quitte l’hôpital en compagnie d’Ocelot qui l’appelle “Big Boss”, un sentiment héroïque naît chez l’admirateur de la légende qui croît soudainement être devenu le véritable Big Boss et la musique “V has come to” se lance en fond :

Le joueur et le medic ne font plus qu’un sous le nom de Venom Snake, l’admirateur de la légende

Les intentions d’Hideo Kojima

Mais revenons un peu en arrière, le joueur tient le même rôle que le troisième enfant, il connecte son esprit à celui de son hôte et pousse Venom Snake (à la base, à la recherche de la paix à cause de son ex-statut de medic) à la vengeance. C’est pour cette raison, que d’un point de vue “méta”, la communication autour de Phantom Pain devait convaincre le joueur qu’il allait se venger de manière sanglante. Le joueur devait devenir le moteur de la haine contre Skull face, tandis que le medic devait quant à lui subir ses pensées autodestructrices (qui le font renoncer à sa propre individualité pour accomplir la vengeance de Big Boss). Le but d’une telle entreprise est d’offrir une vision de la dualité qui anime l’être humain. Chose que j’abordais aussi dans l’analyse de Death Stranding et vers laquelle je vous renvoie si vous avez fini le jeu : https://frenchstranding.fr/le-but-et-lidentite-des-cinq-figures-theorie-post-game/.

Comme vu précédemment, Hideo Kojima est pessimiste. Il considère que l’homme a besoin d’un ennemi à combattre pour sa propre survie car sans cela, il est poussé vers l’autodestruction. Sauf qu’en plaçant Venom Snake avec des idéaux contraires à celui du joueur, l’auteur nippon espérait nous faire ouvrir les yeux sur la véritable nature de l’homme derrière la légende (avec l’utilisation du démon et l’idée d’un double qui incarne Big Boss sans être véritablement ce dernier), et changer la nature même des personnes qui jouent à ses jeux (sous l’influence de la bienveillance du medic)…

“Sans vouloir te vexer, je ne sais pas ce qu’est la paix. Je ne l’ai jamais ressentie. Elle ne m’a jamais intéressé, en fait.”

Codec Snake/Paz pré-Contact avec le commandant Sandiniste Metal Gear Solid : Peace Walker

C’est ainsi que l’on se retrouve avec une œuvre étant vendue sur l’idée d’une vengeance et d’une descente aux enfers, mais qui propose pourtant aux joueurs de démanteler leurs armes nucléaires pour atteindre la paix. Une paix éphémère bien-sûr :

Boss, on dirait que quelqu’un a encore développé des bombes atomiques. Je pense qu’on va avoir plus de difficultés à empêcher le développement des bombes nucléaires qu’on n’en a jamais eues pour le désarmement.

Ocelot à Venom Snake – post-cinématique de la dénucléarisation

Parce que le véritable enjeu, n’est pas de désarmer le monde, mais d’empêcher de diffuser les connaissances permettant la confection des armes de destructions massives. Tant que quiconque saura en construire, le démantèlement restera une utopie et la dissuasion demeurera la seule solution :

La dernière arme nucléaire a été désactivée, c’est un fait. Mais les connaissances pour la construire sont toujours là. Nous avons la responsabilité de maintenir un monde sans armes nucléaires. Est-ce que cela durera ? Ou l’ambition humaine va-t-elle encore nous jeter dans les flammes ?

Notre devoir est de transmettre ce que nous savons aux générations futures. Les souvenirs, les expériences…Les péchés. Ce n’est qu’au jour où nos descendants auront la sagesse de ne pas forger de nouvelles lances…Ce n’est qu’à ce moment-là que nous aurons triomphé.

Dénucléarisation – Discours de Kaz

Un plus grand nombre de nations a accès à ces armes. Les tests se poursuivent. Le marché noir des secrets et matériels nucléaires prospère. La capacité à développer une bombe s’est répandue. Des groupes terroristes sont déterminés à acheter, construire ou voler de tels engin.

Nos efforts pour contenir ces dangers s’appuient sur une règle générale de non-prolifération, mais alors que de plus en plus de nations et de groupes enfreignent cette règle, nous pourrions atteindre le point où celle-ci deviendrait inapplicable.

Dénucléarisation – Extraits des commentaires du 44ème président américain Barack Obama à Prague, République Tchèque (2009)

Tout en gardant bien-sûr à l’esprit que construire une bombe nucléaire transformera immédiatement et irrémédiablement Venom Snake en “Demon Snake” (c’est-à-dire en Big Boss, étant donné que celui-ci accepta d’acquérir une bombe nucléaire sur sa base durant les évènements de Metal Gear Solid : Peace Walker). Cette absence de paix, coïncide avec le titre initial du chapitre 3, qui n’est pas la “Paix”, mais la “symbiose” ou la “coexistence” en japonais :

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L’anglais traduit “Paix”, le japonais traduit “Symbiose/coexistence”
https://twitter.com/HEITAIs/status/1250781604097585152

Cette idée de “symbiose” est cohérente avec le discours vu plus tôt en introduction sur la vengeance de Code Talker :

Nous n’avons pas d’autres choix que de vivre avec cette douleur, d’entrer en symbiose avec notre nature vengeresse”.

Code Talker – Cassette : Ce qui s’est passé dans le laboratoire [3]/ “La soif de vengeance parasite l’esprit”

Ainsi, à défaut de pouvoir changer “la nature humaine”, on peut la comprendre et tenter de la prendre en compte dans notre désir de changer le monde. Tout comme on peut entrer en symbiose avec le vice qui est en nous et le combattre de l’intérieur (comme le fait Venom Snake avec son désir de paix). Une autre discussion fait sens avec l’idée de la “coexistence” plutôt que celle de la “paix” et c’est le dernier échange du chapitre 2 entre Kaz et Ocelot :

Ocelot : Ah.Tu sais…Un jour ou l’autre, Il ne restera qu’un seul Boss, il n’y a pas assez de place pour deux Boss. Ses fils devront eux-aussi s’affronter un jour. Si un jour tu retourne auprès de Cypher, j’aiderai son autre fils. Et toi et moi, seront ennemis. L’un de nous devra tuer l’autre.

Kaz : Cela me convient. Je serai prêt pour ce nouvel âge. En attendant, on va devoir s’habituer à coexister.

Ocelot à Kaz – Conversation secrète post-générique

La coexistence évoque davantage l’idée de deux parties incapables de se comprendre et qui, plutôt que d’être constamment en conflit, vont simplement s’habituer à coexister. C’est le cas de Kaz et Ocelot, mais plus généralement c’est le cas des FOB. Certains joueurs veulent la paix, d’autres désirent uniquement pouvoir jouer librement en ayant une arme nucléaire et ces deux parties regroupent un trop grand nombre d’individus pour pouvoir mettre tout le monde d’accord. Dans un souci de cohérence, le chapitre 3 aurait dû se déclencher aux derniers mots de Kaz ou encore après les deux dénucléarisations ayant eu lieux sur les machines de la génération précédente (PS3 et Xbox 360), de la génération actuelle (PS4 et Xbox One) et de la version PC, mais rien y fait…Il ne se produit jamais rien. Dans la traduction japonaise, nous sommes déjà dans une situation de coexistence ou de symbiose, mais la cinématique du désarmement nucléaire fait partie du chapitre 2 :

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Le teaser du chapitre 2 qui comprend la cinématique de la dénucléarisation

Pour les autres langues qui le traduisent “Paix”, nous savons d’ores et déjà que la paix n’est pas voulu pour être comprise comme telle, et qu’à la fin de la dénucléarisation, un simple appel d’Ocelot nous avertissant qu’une nouvelle bombe vient d’être construite suffit à ce que l’on retourne à un état de coexistence.

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Seul le Japonnais détient le sens original derrière ce chapitre.

Hideo Kojima sait que le sort de Venom Snake est scellé depuis Metal Gear 1 sortie sur MSX. Il sait que Venom Snake ne peut pas atteindre la paix. C’est une fatalité. La mort de notre héros a été écrite avant même que son histoire puisse exister. Si le nom “Paz” se traduit Paix en espagnol, c’est par le biais du dernier échappatoire à son lavage de cerveau que Venom Snake trouve la paix intérieur, qui nous permet de comprendre le sens de ce jeu et l’absence du chapitre 3 :

La journée de la Paix n’est jamais arrivée. Tous les matins, je me réveille en espérant que c’est le grand jour, mais elle est toujours dans trois jours. C’est impossible. Je ne suis pas réveillée ! Ce n’est qu’un rêve. C’est un rêve. Je suis dans le rêve, tu y es aussi. C’est moi qui rêve, et tu vis mon rêve. Tu comprend ? N’est-ce pas ? La Journée de la paix…n’est jamais arrivée. […] La véritable émotion enserrée dans ton cœur. Laisse-là s’envoler. Laisse-là te guider. Vis. Il m’incombe de te dire ça…C’est la raison de mon existence.

Cette cassette est la dernière. Quand tu l’aura écoutée, je serai un membre fantôme parti pour de bon. Ma chair, mes os auront rejoint les sédiments du fond de l’océan. Mais n’oublie pas…Tant que tu te souviendra de moi, je vivrais en toi. Pas comme un membre fantôme, ou un fantôme tout court. Comme faisant parti de ton cœur. Je serai toujours ton ange de la paix.

Paz – Entrée 5 /Journal de Paz (suite) [5]

La paix qui est une hallucination pour Venom Snake, l’est tout autant pour les joueurs. Non le chapitre 3 n’existe pas et il y’a même fort à parier pour que la mauvaise traduction soit intentionnelle, pour créer sa présence dans l’esprit de tout un chacun avant de ne laisser plus que son fantôme. Paz, qui est l’ange de la paix, est avant-tout le dernier souvenir que le medic pouvait avoir de lui-même. Maintenant qu’il est devenu Big Boss, il est condamné à devenir un antagoniste et à se faire exécuter par Solid Snake dans Metal Gear 1 sur MSX. L’hallucination d’un Venom Snake qui cherche à retrouver une partie de lui-même, devient celle du joueur qui cherche à retrouver une partie du jeu. Et pourtant, il n’y a rien. La paix, au sens littéral avec Paz comme au sens figuré avec le changement d’identité du Medic (à cause du venin de Snake), a disparue il y a 9 ans en sautant d’un hélicoptère :

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Une suite de symboles autour de la paix.

Le jeu n’offre rien de plus. Le “V” étant un signe pour la “Paix”, Metal Gear Solid V : Phantom Pain, est un jeu qui traite aussi de la douleur fantôme vis-à-vis de l’absence de paix. C’est l’idée derrière le caractère routinier des missions qui transforme le joueur en démon, parce qu’il finit par vivre de la guerre en pourchassant une hallucination…Pourtant, encore une fois littéralement et figurativement, avec respectivement les 108 fragments de dents et d’ossements humains et la mémoire du medic, la paix (Paz) est en Venom Snake. Il est tout autant l’incarnation du désir de paix que de celui de vengeance, mais c’est toutefois ce dernier qui finit par l’emporter (c’est-à-dire Big Boss). Le nombre 108 pouvant tantôt représenter dans le bouddhisme, les 108 péchés à combattre que les 108 vertus à conserver pour l’illumination. Faire croire en une potentielle suite avant de couper l’herbe sous le pied est aussi une manière de délivrer le message autour du deuil de la licence. Le manque de Metal Gear, jusque dans son dernier opus (dans lequel la paix n’existe pas) permet à Hideo Kojima de dire que peu importe la suite des événements, la licence continuera à jamais de vivre dans le cœur de ceux qui l’aiment…Pas en tant que fantôme bien-sur, mais comme faisant partie d’eux (mais je ne fais que reprendre les dires de Paz).

Il va de soi que cette manipulation a transformé une quête de vengeance déterminante pour la continuité de la saga, en la plus grande entreprise vidéo-ludique jamais réalisé pour dénucléariser le monde. Donc je ne peux qu’applaudir Hideo Kojima, qui voulait que l’identité du medic influence le joueur : Bravo !

Mais l’auteur nippon va aussi se plaindre de manière plus violente à l’égard du joueur, parce qu’il sait que derrière ceux prêts à lâcher la licence, il y a aussi ceux qui lui demanderont toujours un opus supplémentaire. Après tout, ils sont là depuis Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty. Ainsi une cassette de Huey va insister de manière plus franche sur l’idée de la paix, non pas pour convaincre les joueurs de suivre aveuglément une hallucination, mais plutôt pour qu’ils essayent de comprendre qu’Hideo Kojima ne veut plus de “guerre vidéo-ludique” et que jouer à ses jeux (avec un militaire de légende) ne fait que nourrir des sentiments qu’il répudie :

Huey : Tu as dit que vous étiez une armée libre de tout gouvernement. Tu parles beaucoup d’être une nation pour vous-mêmes. Mais de l’extérieur, vous n’êtes que des voyous, des rebelles, une milice, des terroristes, une menace pour la société. Vous n’êtes rien d’autre qu’une bande de psychopathes !

Kaz : “Vous” ? Donc, tu n’es pas avec nous ?

Huey : No-on, je n’ai pas…

Kaz : Je croyais qu’on était du même bord. C’est dommage.

Huey : Je ne voulais pas dire…

Kaz : Soldats, justice vous sera rendue. Mais notre organisation, l’organisation du Boss, s’appuie sur l’ordre, et la raison. Il n’y aura pas de lynchage. Donc restez calme aujourd’hui. Nous allons rassembler toutes les preuves des crimes commis par cet homme. Puis, il sera jugé ! Rompez !

Huey : Mais qu’est-ce que tu fais ? Allez, exécute-moi. Cela serait un meurtre aux yeux du monde. Vous avez perdu l’esprit, tu ne comprends pas ?! Tu vois des fantômes ! Regarde ce chien…non…Tu l’as appelé D-Dog, mais c’est évident…TOUT LE MONDE peut voir que c’est un loup ! Parce que vous n’êtes qu’une bande de chiens sauvages ! Tu as voulu croire toi aussi que c’était un chien. Pour ressentir une connexion. Pour combattre ta solitude. Tu voulais quelque chose à quoi t’accrocher ! Pour te prouver que tu méritais d’être en vie ! Tu voulais oublier la mort. Tes pêchés…Donc, tu t’accroche à des chiens, ou à des loups…Ou même à Big Boss. Le Boss est identique, n’est ce pas ? Chacun d’entre vous est seul. C’est pour cela que vous suspectez les vôtres…Je sais cela, parce que je ferai la même chose…Je suis moi aussi l’un d’entre vous…Seul.

Bruit de porte qui se ferme – Ocelot et Kaz quitte la pièce.

Huey : Ouvrez les yeux ! Ce que vous allez faire est un meurtre, tout simplement. Tout ce que vous créez, c’est la guerre ! La guerre et la violence ne peuvent jamais mener à la paix.

Huey à Kaz et Ocelot – Interrogatoire de Huey [6] /Raisons pour lesquelles la mutation Wolbachia a été facilitée [2]

Dans cette cassette, Huey discute une dernière fois avec Kaz et Ocelot des accusations faites à son encontre avant d’être jugé par Venom Snake au cours d’un procès. Alors que le joueur est habitué à ce que Huey déblatère ses mensonges, c’est Huey qui cette fois-ci devient le porte parole d’Hideo Kojima et délivre un message poignant empli de sincérité.

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Suite à la destruction de ses lunettes lors d’un interrogatoire, Huey porte la même paire de lunette que Hideo Kojima dans Ground Zeroes. C’est une manière pour l’auteur nippon d’user d’un de ses personnages comme d’une représentation directe de lui-même.

Ici Huey affirme aux Diamonds Dogs que même s’ils sont persuadés d’agir pour rendre le monde meilleur, d’un point de vue extérieur ils ne sont qu’une milice détenant (ou pas, selon le joueur) une arme nucléaire, une armée privée, une base d’opération ainsi que le Sahelantropus (même s’il est dysfonctionnel). Les Diamonds Dogs, pouvant intervenir n’importe où au travers du globe contre une somme d’argent, sont de réels terroristes et ont permis par leurs actes, la multiplication de milices ayant voulu faire comme eux. Leurs actions (sur lesquelles on reviendra dans un autre article) déstabilisent certains pays au même titre que celle de XOF. Mais tout ceci n’est pas étonnant quand on se rappelle qu’il s’agit exactement de ce que le vrai Big Boss souhaitait pour la M.S.F. dans le discours de fin de Metal Gear Solid : Peace Walker. La deuxième partie du discours de Huey sur D-Dog ouvre la voie à une autre réflexion :

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Concept art de Yoji Shinkawa
Kojima Productions prévoyait Initialement que D-Dog soit un chien de la même race que celui se trouvant sur le logo de l’organisation éponyme (un rhodesian ridgeback).
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Lors de la présentation du Fox engine à l’E3 2011 on pouvait voir un enfant accompagné du fameux rhodesian ridgeback.
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Le résultat final : Un loup en lieu et place du rhodesian ridgeback initialement prévu.

Lorsque les Diamonds Dogs recherchaient un compagnon pour Venom Snake, ils auraient souhaités que D-Dog que ne soit pas un loup. Seulement Venom Snake est ce “loup solitaire” dont on aurait voulu qu’il soit un rhodesian ridgeback et qu’on va appeler sous un faux nom (celui de “Snake”) pour préserver les apparences. Le déni dont tous les membres de la Mother Base font preuve à l’égard de D-Dog est une métaphore de celui qui entoure la véritable identité du Big Boss. Les membres de la Mother Base ont besoin d’un symbole auquel se lier collectivement pour ne pas que leur organisation s’effondre sous le poids des suspicions de chacun. Ce besoin d’être lié/connecté à une légende pour ne pas se sentir “seul” dans ce monde (où sans symbole unificateur, la loi du chacun pour soi réémerge), est aussi représentatif du lien entre le joueur et Big Boss. Le joueur qui a grandi avec son héros, a besoin de connaître toute son histoire et de le suivre dans chacun de ses périples, quitte à s’accrocher à une copie sans le savoir (mieux vaut cela que le vide existentiel que laisse une fin définitive). Au travers du jeu vidéo et plus largement de la fiction, l’être humain fuit la solitude et les angoisses de la société. Il s’accroche à des personnages qui deviennent des exemples ou des modèles et essaye de suivre chacune de leurs aventures en quête de réponse ou de distraction. Il mérite de vivre pour voir la dernière saison de la série qu’il suit depuis 5 ans, pour lire le dernier livre d’une trilogie en pause depuis 2 ans ou pour jouer à un jeu vidéo qu’il a attendu 10 ans. Le seul point commun que partage tous les Diamonds Dogs est qu’ils sont seuls et qu’ils se retrouvent livrés à eux-mêmes sans légende pour les guider.

“Je suis très enclin à la solitude. Je pense qu’il y a des gens similaires dans le monde, en particulier des joueurs … Ils n’ont pas l’impression de s’intégrer dans la société ou leur communauté.”

Hideo Kojima – https://www.bangkokpost.com/world/1789279/hideo-kojima-enigmatic-games-creator-inspired-by-movies

Lorsque Kaz et Ocelot quittent la pièce, Huey n’a plus personne de physiquement présent à qui s’adresser, mais la cassette continue d’enregistrer et il sait que d’une manière ou d’une autre Venom Snake écoutera la dite cassette et entendra son message. L’ode à la paix que livre Huey à la fin de l’enregistrement s’apparente à celui de Paz dans le fait que seul Venom Snake pouvait l’entendre (et dans les deux situations cela passe par une cassette). Tuer Huey serait un meurtre aux yeux du monde, et il faut sortir du cadre de la Mother Base pour le comprendre (et reconnaître la nature terroriste des Diamonds Dogs). La quête de paix qui vise à lutter contre d’autres FOB n’est qu’une guerre comme les autres; d’ailleurs toutes les missions de Metal Gear Solid V : The Phantom Pain nous font participer à une guerre. Les quotidiens respectifs des Diamonds Dogs et des joueurs ne connaîtront jamais la paix puisqu’ils ne font que participer à une guerre sans fin…Aucune guerre et aucune violence (vidéoludique ou non) n’amènera la paix.

La solution est d’accepter de rendre les armes, ce qui revient à accepter le fait que la saga Metal Gear de l’auteur nippon est définitivement terminée. Demander une suite reviendrait à reprendre part à un cercle vicieux fait de violence et de guerre au sein duquel le joueur doit s’auto-détruire pour continuer (la transition de MGS V à MG 1).

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“Je ne mourrais pas pour rien ! Tu va mourir avec moi ! Je t’attend ! “
Venom Snake à Solid Snake – Metal Gear 1
Le joueur tue son propre fantôme avec Solid Snake.

Ce qui n’est pas sans rappeler une certaine citation :

La colère est un acide qui peut faire plus de mal au récipient dans lequel il est stocké qu’à tout ce sur quoi elle est versée.

Mark Twain – trailer de Metal Gear Solid V : The Phantom Pain à l’E3 2014

Mais surtout, le sort de Skull Face lui-même, dont la principale crainte au moment de se faire écraser par le Sahelantropus était de finir dans l’oubli et donc d’avoir vécu pour rien. Sahelantropus, que Venom Snake conservera lui-même sur la Mother Base comme trophée attestant de sa propre existence dans la lutte pour la paix (l’un suivant les pas de l’autre, jusqu’à finir de la même manière). Mais tout ceci sera abordé plus en profondeur dans la partie 2 de cette analyse.

Pour conclure cette première partie, le rapport à la solitude que dénonce Huey en se faisant porte-parole d’Hideo Kojima, a depuis quelque temps été clairement mis avant par l’auteur nippon lui-même. Devenu indépendant, Hideo Kojima n’a pas hésité une seule seconde à nous partager sa solitude et ses angoisses sur Twitter pendant le développement de Death Stranding :

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https://www.bangkokpost.com/world/1789279/hideo-kojima-enigmatic-games-creator-inspired-by-movies
“Le désespoir solitaire”; l’image de la cigale va par la suite devenir une métaphore des conditions de développement.

Tandis que les pauses au boulot, vont se refléter dans les moments de pause que peuvent prendre les personnages de ses jeux.

De quoi nous faire davantage réfléchir au sens derrière la mine épuisée et résolue de Venom Snake lorsqu’il n’est pas en mission.

Sources et remerciements :

Rendez-vous à la partie 2 !

2 réflexions sur “Metal Gear Solid V : Pourquoi les personnages sont-ils des démons (Partie 1) ?”

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